J’ai dévoré les 947 pages (en format poche) du roman « Le Gang des rêves » tant j’ai été embarquée dans l’histoire de Cetta et de son fils Christmas au coeur du New-York » des années 20. 

Tout commence en 1909 lorsque Cetta Luminita décide de fuir la Sicile pour venir tenter le rêve américain à New York, avec pour seul bagage son fils Natale, rebaptisé Christmas par les services de l’immigration. Elle n’a alors que 15 ans. Jusque là, la vie ne lui a jamais fait de cadeau et ça n’est pas en Amérique que les choses vont changer. Enfin pas tout de suite…

Pour pouvoir s’en sortir et nourrir son fils, Cetta devient prostituée. Le « rêve américain » ne sera pas pour elle. Elle place alors tous ses espoirs sur son fils. Si elle ne sera toujours qu’une sicilienne immigrée, lui deviendra américain. Dans sa bouche, cela sonne comme le Saint-Graal. Elle lui rêve une vie meilleure et heureuse. Seulement ça n’est pas si simple de sortir de sa condition et de sa classe sociale.

L’Amériques des années 20

A l’adolescence, Christmas va être attiré un moment par l’univers des mafieux qui gravitent autour de lui car cela représente une voie pour gagner de l’argent dans un pays où il est si difficile de devenir autre chose qu’un immigré. Et puis, au départ, ça ne paraît pas si terrible. On lui confie des missions qui ne remettent pas trop en question son intégrité. Jusqu’au jour où deux caïds viennent l’enlever en pleine rue pour l’emmener devant Rothstein, le parrain du quartier. On n’ait alors pas très loin des films de Coppola ou Scorsese.

On retrouve les gangsters, la mafia italienne et juive, la prohibition, les bordels et les salles de jeu clandestines, des macs au grand coeur et les flics corrompus. Il y est question du code d’honneur des voyous et des risques que l’on prend si on les rompt. Son ami Joey en fera la cruelle expérience. Mais ces mafieux ne sont pas seulement dangereux et cruels. Ils savent aussi avoir de l’humour, donner un coup de pouce et ils deviennent alors presque attachants.

A travers ce roman on découvre également l’arrivée des premières radios libres, la naissance du cinéma parlant et des stars. En parallèle à l’histoire de Manhattan, on vit également celle de Hollywood avec toutes ses dérives, où le pouvoir de l’argent mène à tout. Où, là aussi, les femmes ne sont que des objets que l’on peut maltraiter pour gagner toujours plus de précieux dollars.

Quand on arrive ici à New-York, on est comme Croc-Blanc, comme les loups. On est forts, mais sauvages. Et on rencontre des gens méchants qui nous rendent encore plus sauvages. Mais nous, on n’est pas simplement sauvages. On est forts aussi Christmas, et ça ne l’oublie jamais ! Et quand on rencontre quelqu’un de bien, ou quand finalement le destin nous sourit, notre force nous permet de devenir comme Croc-Blanc. Des américains. Alors on n’est plus des sauvages.

Le rêve américain au coeur de Manhattan

Pour survivre dans son quartier, Christmas va imaginer son propre gang. Il l’appellera les Diamond Dogs. Sa première mission : assurer la sécurité de Lilliput, la petite chienne de Pep le boucher. Sa première recrue : Santo, qui restera un ami éternel. Parce que sa force c’est ça : vendre du rêve, raconter des histoires. Grâce à ce don il fera ses premiers pas dans le monde de la radio, il gardera à distance les voyous du quartier ou encore il amadouera Rothstein. 

Mais c’est l’amour qui transformera vraiment la vie de Christmas. Son amour pour les magnifiques yeux verts de Ruth, la « petite fille riche » dont la vie bascule en un instant, juste parce qu’elle a voulu être libre… Dès le premier instant sa rencontre avec la jeune fille va tout bouleverser et elle sera l’Amour de sa vie. C’est pour elle qu’il fera un autre choix que celui de la rue et de la mafia. Pour être digne d’elle. Son rêve : devenir animateur d’une émission à la radio pour qu’elle l’entende où qu’elle soit, tel est son « rêve américain ».

Tu sais ce que c’est l’amour ? fit-elle. C’est réussir à voir ce que personne d’autre ne peut voir. Et laisser voir ce que tu ne voudrais faire voir à personne d’autre.

Ce roman nous raconte des histoires d’amour et d’amitié, des histoires de belles rencontres. Comme entre Cetta, la mère de Christmas, et Sal, son souteneur. L’homme aux mains noires mais au grand coeur. L’amitié entre Christmas et Santo. Ou encore la rencontre avec Cyril qui permet à l’auteur de nous raconter aussi l’histoire de la ségrégation aux Etats-Unis.

Et puis il y a Bill. Le seul personnage totalement noir de cette fresque flamboyante. Avec lui il n’y a aucun espoir de rédemption. On comprend que c’est la violence de la vie qui l’a rendu aussi cruel. Mais il n’en devient pas pour autant attachant car on sent que sa fureur ne pourra jamais être apaisée et que son seul langage est la brutalité. On ne peut lui pardonner tout ce qu’il fait subir aux femmes qui ont le malheur de croiser son chemin tout au long du roman. Son rêve américain est le même que pour les autres : sortir de la misère. Mais sa folie l’emmènera sur un chemin sans issue.

Ne soyez pas impressionnés par les 944 pages (en édition poche). Vous allez être emporté par le rythme haletant de ce livre. Luca Di Fulvio saura vous faire voyager dans le temps et l’espace car il y a mis tous les ingrédients indispensables à un bon roman : amour, amitié, violence, aventure et Histoire.

Pour vous accompagner dans ce voyage, je vous invite à écouter Diamond Dogs de David Bowie…